Chapitre 12 : L’Enfant de Saint-Lazare
Solis laissa le corps inconscient de Fournier attaché à la tuyauterie et s’enfuit de l’appartement. Le carnet à spirales l’avait glacé. Il n’y avait pas de « Nom » dedans, pas de révélation immédiate de l’infiltré. Juste l’écriture tremblante d’un enfant d’il y a quinze ans, décrivant la peur du « camion » et de la « brume. » Il tenait les coordonnées de l’orphelinat de l’Ordre, mais surtout, l’adresse que Chevalier avait voulu protéger et que Marie-Ange venait de confirmer : 7, Rue de Lyon. Gare de l’Est, bâtiment de maintenance 5.
Le véritable secret n’était pas l’enfant. C’était le lieu où l’Ordre avait stocké la preuve de L’Affaire, la première trace, celle qui justifiait l’infiltration de l’enfant dans la police. Solis réalisa qu’en se concentrant sur Laurent, il avait manqué la logique de Chevalier. Le Cartographe Négatif voulait semer Valois et l’Ordre en les faisant courir après l’histoire de l’enfant, alors que la véritable bombe se trouvait à la Rue de Lyon.
Il dévala les escaliers de l’immeuble Haussmannien, se frottant le visage pour chasser la fatigue. Saint-Lazare était déjà une fourmilière d’hommes d’affaires pressés. Solis avait l’air d’un spectre, mais dans l’agitation, personne ne le remarqua.
Le téléphone qu’il partageait avec Marie-Ange vibra. Elle.
« Je l’ai, Gabriel, » souffla-t-elle, sa voix tendue, mais excitée. « Le premier décryptage du journal de l’enfant est fait. Ça ne parle pas de l’identité de l’infiltré, mais de la déviation. Les entrées décrivent le lieu où l’Ordre a dissimulé la première trace de L’Affaire. »
Solis se précipita à l’angle de la rue, s’abritant derrière un kiosque pour ne pas être happé par la foule. « L’Agent S-8 était là pour le carnet. Il cherchait quoi, Marie-Ange ? »
« L’enfant a noté une adresse dans son journal, cryptée avec une vieille grille de substitution que j’ai vue sur les schémas d’Ombre : 7, Rue de Lyon. Bâtiment de maintenance 5. Juste à côté de mes archives à l’Est. L’enfant a été forcé de laisser une piste du lieu pour se protéger, sachant que Chevalier le chercherait. »
Solis sentit son estomac se nouer. « Une cachette ? Un corps ? »
« Non. C’est la référence à l’Annexe M d’origine, le rapport que Valois et toi avez brûlé. L’enfant y fait référence comme ‘L’Annexe sans brûlure’. C’est l’endroit où l’Ordre a planqué toutes les preuves physiques, » expliqua Marie-Ange, tapotant sur son clavier. « Le Négatif cherchait ce lieu pour le révéler, forçant l’enfant infiltré à se démasquer. »
L’horloge tournait. Dix minutes depuis que Laurent avait signalé être en place à Rue Dauphine, faisant office d’appât pour Valois. Solis devait neutraliser Fournier, mais il venait de l’assommer. Il était inoffensif pour l’instant.
« J’ai mis l’Agent S-8 hors d’état de nuire à Saint-Lazare, » dit Solis. « Il a le carnet d’Alpha sur lui, mais il est vide. Je quitte Saint-Lazare, je te rejoins aux Archives de l’Est. On doit faire le bâtiment 5 ensemble. »
Solis avait besoin de sa couverture. Il héla un taxi et donna l’adresse. La Rue de Lyon.
Alors que la voiture s’engageait sur les boulevards, le téléphone prépayé de Laurent vibra entre les mains de Solis. C’était un appel chiffré.
Solis décrocha, son cœur s’accélérant. « Laurent ? »
La voix qui répondit n’était pas celle de Laurent. C’était Valois. Froide, dure, et terriblement sereine.
« Solis. Tu as laissé ton appât se faire prendre, » dit Valois, sans fioritures.
Solis se figea. Il regarda l’écran. L’appel venait bien du numéro que Laurent devait utiliser seulement pour signaler la présence de l’Agent S-8. Il avait été capturé.
« Valois. Où est Laurent ? » demanda Solis, sa voix étonnamment plate, malgré la panique qui montait en lui.
« Il est là. Il fait ce qu’on lui demande. Le Négatif a mis en scène son propre piège à Rue Dauphine. Mais il n’y avait aucun Agent S-8. Juste Laurent, seul, signalant la présence imaginaire d’un tueur. Pourquoi ? »
Solis essuya une goutte de sueur froide de son front. Il avait eu tort. Laurent n’avait pas été envoyé dans un piège pour attirer Fournier. Le piège était destiné à Valois pour qu’elle se concentre sur Dauphine pendant que Solis s’occupait du Centre RATP. Mais Chevalier avait court-circuité la traque en avertissant Fournier, qui lui, avait immédiatement donné une fausse piste à Solis (Saint-Lazare).
« L’Agent S-8 est à Saint-Lazare, » mentit Solis, jouant la carte du flic dépassé. « Je l’ai neutralisé, Valois. Le Négatif a tout orchestré. »
Valois émit un rire sec, sans amusement. « Saint-Lazare ? J’ai une équipe aérienne qui ratisse Saint-Lazare, Solis. Personne. Seulement des cadres pressés. Non. Tu as été joué par Fournier. Mais surtout, tu as été joué par Laurent. »
Solis s’affaissa contre le siège. « Que veux-tu dire ? »
« Je voulais que tu captures le Négatif, Gabriel. Mais tu as choisi de protéger l’Annexe M. Et tu as utilisé Laurent pour te couvrir. C’est de la haute trahison. »
Solis sentit la pression monter. Valois ne parlait pas de l’Agent S-8. Elle parlait de Laurent comme complice.
« Laurent est un agent sous couverture d’Ombre, » dit Solis, crachant la vérité qu’il essayait de cacher.
« Ombre est mon agent, Gabriel. Son seul véritable acolyte. Laurent a travaillé pour moi tout ce temps. Il t’a fourni des informations pour que tu révèles tout. Il était l’appât, non pour le Cartographe Négatif, mais pour toi. »
Solis resta sans voix. Laurent, le garde du corps calme et professionnel, l’avait manipulé depuis le début. Il l’avait aidé à s’échapper pour s’assurer que Solis, le dépositaire des secrets, continue l’enquête jusqu’à l’ultime révélation. Laurent était l’enfant infiltré, le Nom. C’était lui.
« Laurent est le seul survivant de L’Affaire. Il est l’enfant. Il a été élevé par L’Ordre et infiltré, » réalisa Solis, sa voix n’étant plus qu’un murmure.
« Bingo, » répondit Valois. « L’Ordre savait qu’ils devaient quelqu’un à l’intérieur pour surveiller la situation et détruire les dossiers si nécessaire. Il était l’ultime gardien du jeu, pas le Négatif. »
Le chauffeur de taxi arrêta la voiture brusquement. Rue de Lyon.
« Maintenant, tu arrêtes cette mascarade, Solis. Tu te rends, » ordonna Valois. « Et tu me dis où est la cachette de l’Annexe M. »
Solis coupa la communication. Il sortit du taxi, ignorant les protestations du chauffeur, et se lança vers les Archives de l’Est, où Marie-Ange l’attendait, inconsciente du danger.
Laurent n’était pas un allié. Il était l’élément que Chevalier voulait exposer.
Le temps de la séparation était arrivé. Solis devait localiser Marie-Ange avant qu’elle ne commence à décrypter le journal de l’enfant, révélant la trahison de Laurent aux yeux de l’Ordre, ce qui aurait un prix mortel.
Soudain, une pensée le frappa. Fournier (Agent S-8). À Saint-Lazare, il était assommé, non neutralisé. S’il avait feint l’assaut, il avait probablement feint l’inconscience.
Solis sortit son téléphone et composa le numéro de la police, son ton autoritaire lui donnant l’accès au PC Saint-Lazare. « Ici Inspecteur Solis. J’ai un cambriolage au 67 Rue Saint-Lazare. Homme à terre. Urgence médicale immédiate. »
Il savait que c’était une fausse alerte. Fournier était déjà en route. Mais vers où ?
Il se dirigea vers l’entrée principale des Archives de l’Est, cherchant Marie-Ange. L’endroit était désert et gris sous la lumière de l’aube.
Il la trouva dans une petite annexe, installée dans le coin, son ordinateur portable ouvert sur l’écran de décryptage.
« Gabriel, Valois t’a appelé ? » demanda Marie-Ange, les yeux rouges de fatigue.
« Oui. Laurent est capturé. Il travaille pour Valois. Il est l’enfant. » Solis cracha les mots, l’amer goût de la trahison dans sa bouche.
« Impossible. Il nous a aidés, » protesta Marie-Ange.
« Il nous a aidés à nous diriger où Valois voulait que nous allions. Il nous a forcé à trouver l’Annexe M. Maintenant, Marie-Ange, écoute-moi. Fournier était à Saint-Lazare, mais il est en route. Il va venir ici. »
Marie-Ange regarda autour d’elle. « Fournier ? Pourquoi ici ? »
« Le Négatif a compris que l’enfant était sur le point de révéler l’emplacement du Bâtiment 5. Fournier a été envoyé pour intercepter le journal, mais il a été pris par moi. Valois a capturé Laurent, l’enfant, pour forcer Laurent à se taire sur l’Annexe M. Fournier n’est plus à Saint-Lazare. Il vient ici pour t’empêcher de décrypter l’ultime preuve. »
Solis montra le Bâtiment de Maintenance 5, une structure en briques rouges isolée à quelques mètres, derrière les Archives.
« On doit aller au Bâtiment 5, maintenant. C’est la cachette. »
Marie-Ange commença à plier son matériel, ses mains tremblantes. « On n’a pas le temps, Gabriel. Si Fournier sait que je décrypte, il est déjà dans le périmètre. »
Solis réfléchit rapidement. Si Fournier était en route, il viendrait par le réseau RATP, sa connaissance des tunnels étant son atout.
« Je vais te couvrir. Tu rentres dans le Bâtiment 5, tu sécurises l’Annexe M, et tu restes cachée. Je sécurise cette annexe en attendant Fournier. Je ne peux pas me permettre de le laisser te neutraliser. »
Marie-Ange acquiesça. Elle lui donna son téléphone de décryptage. « L’entrée du Bâtiment 5 est un code. L’enfant l’a noté dans son journal : 1109. La date de la première victime de l’Affaire. »
Solis prit l’appareil. Il regarda Marie-Ange s’éloigner, son pas rapide et déterminé malgré la fatigue.
Il resta seul dans l’annexe des Archives, la barre de fer en main. Il n’avait pas d’arme à feu, mais il était prêt. Il savait que Fournier n’était pas un simple technicien. Il était un agent de l’Ordre armé du savoir létal du Protocole S-8.
Soudain, Solis entendit un bruit faible de pas dans le tunnel de maintenance souterrain qui rejoignait les Archives. Trop lent pour un flic. Trop délibéré.
Fournier.
Solis se cacha derrière une pile de vieux cartons, le cœur battant à tout rompre. Il rejoua la discussion avec Valois. Il avait été joué. Le Négatif avait coordonné son piège avec l’Ordre. Fournier (Agent S-8) était le chien de garde du Bâtiment 5, et Laurent (l’enfant) était l’appât pour détourner l’attention.
L’entrée de l’annexe des Archives s’ouvrit doucement.
Un homme entra. Grand, maigre, vêtu de l’uniforme neuf de la RATP que Solis avait vu dans la boîte à Saint-Lazare. Fournier.
Il ne regarda pas où Solis se cachait. Il regarda immédiatement le poste de Marie-Ange, la table d’analyse. Il vit l’ordinateur de Marie-Ange, toujours allumé, et son visage se contracta en une grimace de rage silencieuse.
« Vous n’auriez jamais dû décrypter ça, » murmura Fournier, sa voix rauque.
Il se précipita vers l’ordinateur, tapissant le clavier à la recherche de la preuve de l’Annexe M.
Solis, profitant de son inattention, se lança. La barre de fer frappa le dos de Fournier avec un bruit métallique. L’homme poussa un rugissement de douleur et se retourna, le visage déformé.
Fournier était plus fort que Solis ne l’avait anticipé. Il ignorait la douleur et se concentra sur Solis, ses yeux brûlant d’une fureur animale.
« Le Négatif a dit que vous viendriez. Il a dit que vous étiez le gardien. »
Fournier sortit un petit pistolet à électrochocs, l’arme du Protocole S-8. Solis recula, sachant que la moindre décharge de cette arme pouvait le ramener au bord de la mort, comme les victimes du Cartographe Négatif.
« Je ne suis pas le gardien, Fournier. Je suis celui qui va révéler la vérité, » cracha Solis.
Ils se lancèrent dans un combat brutal. Fournier tentait d’atteindre Solis avec le pistolet, tandis que Solis utilisait la barre de fer comme un bouclier, frappant les bras de l’Agent S-8.
Fournier était un combattant entraîné, l’héritage de l’Ordre. Il attrapa la barre de fer et la tira vers lui, Solis s’accrochant. Fournier utilisa sa force pour le déséquilibrer et Solis lâcha prise, la barre s’écrasant au sol.
L’Agent S-8 pointa le pistolet à électrochoc vers la poitrine de Solis. « Vous avez entravé mon protocole ! Vous avez capturé l’enfant pour le faire taire ! »
Solis réalisa que Fournier ne savait pas que Laurent était l’enfant. Il pensait que Solis avait capturé Laurent pour empêcher la révélation du Nom. Fournier était manipulé par Chevalier, tout comme Solis l’avait été par Laurent.
« Laurent est l’enfant. Valois l’a capturé parce qu’il était la seule personne capable de détruire L’Ordre, » dit Solis, cherchant à déstabiliser Fournier.
L’Agent S-8 hésita. Ce n’était pas l’information que Chevalier lui avait donnée.
« Mensonge ! Laurent est un agent de Valois ! »
Fournier fit un pas en avant, prêt à tirer. Solis profita de l’hésitation. Il se laissa tomber au sol et balaya les pieds de Fournier. L’Agent S-8 s’écrasa. Le pistolet lui échappa des mains et glissa sous la table d’analyse de Marie-Ange.
Solis se releva immédiatement, se dirigeant vers le pistolet. Fournier, plus rapide, attrapa une chaise et la jeta vers Solis. Solis l’esquiva.
Fournier se concentra sur l’ordinateur de Marie-Ange. Il se précipita pour le détruire.
« Non ! » cria Solis.
Il se jeta sur Fournier. Ils roulèrent au sol, se battant férocement. Solis utilisait son désespoir ; Fournier, sa force pure. Fournier réussit à se dégager, son poing s’écrasant sur le côté du casque de Solis.
Solis sentit le sang lui couler du nez. Il vacilla, mais se tourna vers Fournier.
L’Agent S-8 attrapa l’ordinateur et le brisa contre un pilier de béton. L’écran explosa.
« C’est fini, » dit Fournier, reprenant son souffle. « L’Annexe M ne sera pas révélée. »
Solis inspira profondément. « Tu as détruit les schémas S-8, Fournier. Mais l’Annexe M n’était pas là. C’est à côté. Au Bâtiment 5. »
Fournier se tourna vers Solis, ses yeux injectés de sang. « Qui est au Bâtiment 5 ? »
« Marie-Ange. Et elle a le journal de l’enfant. Elle a le Nom. »
Solis venait de lancer Fournier sur la piste de Marie-Ange. C’était son dernier recours. Mais Solis devait se diriger vers le Bâtiment 5 maintenant, pour intercepter Fournier avant qu’il n’atteigne Marie-Ange.
Fournier, sans dire un mot, se précipita vers lui, ses mains cherchant à étrangler Solis. Solis esquiva.
« Si tu me tues, tu ne trouveras jamais l’Annexe M, » dit Solis, reculant.
Fournier s’arrêta. Il se concentra. Solis avait raison. Il devait forcer Solis ou Marie-Ange, ou même les deux, à divulguer leur secret. Mais pour l’instant, Fournier devait prioriser. Détruire Marie-Ange, la seule capable de décrypter l’enfant, ou se concentrer sur Solis, le gardien.
Fournier regarda la porte qui menait au Bâtiment 5. « Elle va payer pour ça. »
Il se lança. Solis le poursuivit, reprenant la barre de fer en chemin.
Le Bâtiment 5 était un hangar froid, lugubre, avec une seule petite porte de sécurité. Solis se précipita, rattrapant Fournier.
Il frappa l’Agent S-8 à la nuque. Fournier s’écroula sur les marches de béton. Solis, haletant, entra le code 1109 sur le clavier de sécurité. La lumière de la porte devint verte, et Solis se précipita à l’intérieur, laissant Fournier pour la seconde fois inconscient.
Le Bâtiment 5 était une vaste salle, remplie de pièces de rechange et de matériel déclassé de la RATP. Mais au milieu, une structure métallique brillait sous les néons faibles. Une ancienne chambre forte, utilisée pour stocker des documents confidentiels.
Marie-Ange était là, à côté de la chambre forte, cherchant le mécanisme d’ouverture.
« Gabriel ! » s’écria-t-elle. « Fournier est… »
« Assommé. Mais il va se réveiller. Tu as le journal de l’enfant ? »
« Oui. Je l’ai sur clé USB. Mais la chambre forte. Il y a un code biométrique. »
Solis s’approcha de la chambre. C’était une structure blindée, étanche à l’eau et aux incendies.
« Chevalier devait être sûr que personne ne le toucherait. »
Solis se rappela la conversation avec Valois. Laurent était l’enfant. Il détenait la clé.
« Tu as le téléphone de Laurent ? » demanda Solis.
« Oui. Il est dans la saccoche. »
Solis le prit. Il plaça le pouce de Laurent sur le lecteur biométrique. Échec.
« Il doit être vivant, Gabriel. Le Négatif a utilisé une technologie de réanimation, » dit Marie-Ange.
Solis inspira profondément. Laurent était capturé par Valois. Que ferait Valois ? Elle le forcerait à se taire, le ferait disparaître. Mais si Laurent était l’enfant, il devait avoir un plan B.
Soudain, le téléphone de Marie-Ange vibra. C’était un message crypté, envoyé avec le protocole d’Ombre, celui que Laurent lui avait appris à utiliser.
À Marie-Ange. Valois m’interroge. Je suis l’enfant. Le code est mon Nom. Mais le Négatif a mis en place un leurre pour Saint-Lazare.
Solis se précipita. « Laurent t’a envoyé son Nom. Mais pour quoi ? »
Marie-Ange afficha le message. Valois n’avait pas encore brisé Laurent. Il était en train de jouer un jeu dangereux pour lui donner le code avant qu’il ne disparaisse.
Marie-Ange composa le nom sur le clavier de la chambre forte. LAURENT
Échec.
« Non. Pas le nom sur son badge, » dit Solis, frappant du poing le métal. « L’Ordre lui a donné un Nom de code. »
Solis se rappela le carnet de l’enfant. L’enfant n’avait pas de nom. Seulement l’Affaire.
« L’Annexe M… » murmura Solis. « L’Annexe M était le journal de l’enfant. Il a été élevé pour être un rapport vivant. »
Soudain, une alarme retentit dans la salle. Un bruit faible, venant de l’extérieur.
Fournier. Il était réveillé, ou il avait un système d’alerte.
« Gabriel, on est piégés, » dit Marie-Ange, paniquée.
Solis regarda le panneau de la chambre forte. Il n’avait plus le temps de décrypter.
Le bruit s’intensifia. Fournier était de retour.
Solis se rappela le journal de l’enfant. L’écriture tremblante. Les coordonnées de l’orphelinat.
« Marie-Ange, on n’a pas le temps. Je vais le retenir. Tu dois ouvrir cette chambre. »
Solis se positionna près de la porte, la barre de fer en main. Il entendit Fournier forcer l’entrée du Bâtiment 5.
« Je dois le comprendre, Gabriel, » dit Marie-Ange, les yeux fixés sur le clavier. « Le nom… Quel est son vrai nom ? »
Solis réfléchit. Si Laurent était l’enfant, Chevalier l’avait exposé pour forcer Solis à révéler l’Annexe M.
Le bruit de la porte s’ouvrit. Fournier, le visage en sang, apparut. Il tenait le pistolet à électrochocs.
« Solis ! » cria Fournier. « Vous avez détruit la trace du Négatif ! Maintenant, l’Annexe M ! »
Fournier pointa le pistolet sur Marie-Ange.
Solis cria, mais il était trop loin.
« Non ! »
Marie-Ange, sa concentration brisée, comprit l’urgence. Elle regarda Solis. Elle se rappela la dernière victime, le murmure. L’enfant.
Elle composa un dernier code, le seul qui avait du sens. ENFANT.
La porte de la chambre forte d’ouvrir dans un bruit mécanique sourd.
Fournier pressa la détente.
Le choc électrique frappa Marie-Ange en pleine poitrine. Elle s’effondra, son corps se contractant violemment. Le pistolet de Fournier était le Protocole S-8, l’arrêt cardiaque forcé.
Solis se jeta sur Fournier. Il frappa l’Agent S-8 à la tête avec la barre de fer. Fournier s’écroula une dernière fois, son corps inerte.
Solis se précipita vers Marie-Ange. Elle était pâle, inconsciente, son cœur à l’arrêt.
Solis ouvrit la chambre forte. À l’intérieur, une pile de dossiers scellés, poussiéreux, et une seule boîte en métal. La Annexe M originale.
Mais Solis n’avait plus de temps. Il devait ramener Marie-Ange.
Il appliqua une réanimation d’urgence. Cœur à cœur. Il se souvient des plans du Cartographe. Massage cardiaque. Rythme.
Il travaillait frénétiquement, ses mains glissant sur la poitrine de Marie-Ange.
« Reviens, Marie-Ange ! Reviens ! »
Après une minute interminable, Marie-Ange haleta, ses yeux s’ouvrant légèrement. Solis la prit dans ses bras.
« L’Annexe M… » murmura-t-elle, faible.
« Je l’ai. On part, » dit Solis.
Il arracha un des dossiers de la boîte, le glissant dans sa veste. Il attrapa un extincteur et le déchargea sur Fournier, recouvrant l’Agent S-8 d’une mousse blanche, pour le neutraliser le plus longtemps possible.
Il prit Marie-Ange, encore faible, et la soutint pour qu’elle quitte le Bâtiment 5.
Ils sortirent. Le jour se levait sur Paris.
Solis regarda l’écran de son téléphone. Pas de nouvelles de Laurent. Valois le tenait.
« On doit fuir le secteur. Valois va envoyer Lancer ici, » dit Solis.
Ils traversèrent les Archives de l’Est, se dirigeant vers le Nord.
Solis sentit le poids du dossier dans sa poche. L’Annexe M, le secret.
Il réalisa que le piège de Dauphine avait servi son but : Valois était occupée avec Laurent (l’enfant), tandis que Fournier (Agent S-8) était à Saint-Lazare pour le détourner.
Mais Chevalier avait été un pas devant eux. Il voulait que Solis expose le secret à la Rue de Lyon.
Deux heures plus tard, Solis et Marie-Ange étaient dans un café anonyme, loin de l’Est. Marie-Ange, secouée mais consciente, buvait un café chaud.
« L’Annexe M est là. Le plan final de Chevalier, » dit Solis.
Il ouvrit le dossier. Des schémas cryptés, des rapports de pathologie non signés, et un journal de bord datant de vingt ans.
« Les rapports de L’Affaire, les originaux, » dit Marie-Ange. « Ils prouvent que Valois et toi avez falsifié les résultats. »
Solis hocha la tête, le regard vide. Il avait protégé ce secret toute sa vie.
« On doit trouver Laurent, Gabriel. Valois ne le laissera pas vivre. Il est la seule preuve vivante, l’enfant. »
Solis regarda la photo de Laurent sur son téléphone. L’agent sous couverture, l’ami silencieux. Le traître.
« Valois a capturé Laurent à la Rue Dauphine, » dit Solis. « Elle va l’emmener au centre de quarantaine de l’Ordre. »
Solis prit l’un des dossiers de l’Annexe M. Un ancien plan de la Base Alpha. Un centre de quarantaine secret de l’Ordre. Il comprit que Valois n’irait pas n’importe où. Elle irait là où personne ne pourrait la trouver.
Soudain, le téléphone de Laurent sonna de nouveau. Un message chiffré, mais cette fois Solis reconnut un protocole d’urgence d’Ombre.
A LA BASE ALPHA. Valois m’emmène. La prochaine victime. Le Protocole 10.*
Laurent était en vie. Il continuait de défier Valois en leur donnant sa localisation.
Solis regarda Marie-Ange. « On y va. On doit intercepter Valois et sauver Laurent. Et nous devons utiliser l’Annexe M contre l’Ordre, pour neutraliser l’expérience. »
Solis et Marie-Ange quittèrent le café. Ils étaient en route vers la Base Alpha, la course contre la montre étant relancée. Solis tenait l’Annexe M, mais il avait désormais une cible beaucoup plus dangereuse : une Commandante de police déterminée à tuer son propre agent infiltré.
Fin du chapitre.
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